Adoptions, unions et personnes LGBTQI+

Vous le savez certainement à force de lire des articles ou par expérience personnelle, l’adoption et l’union des couples LGBTQI+ sont deux concepts qui peuvent apparaître compliqués. Alors joindre les deux, c’est créer un cocktail auquel encore trop peu de pays sont prêts à goûter.

Aussi, il nous semblait important de revenir sur la situation du mariage et de l’adoption pour les personnes LGBTQI+ à l’échelle globale.

À noter que notre équipe fera son possible pour mettre à jour le contenu présenté sur cette page dès que des changements feront leur apparition. Même si cela s’effectue au compte-goutte et très, si ce n’est trop, lentement, il se peut que nous manquions certaines mises à jour.

Si c’est le cas, n’hésitez pas à nous le faire savoir directement dans les commentaires.

Couple lesbiennes et fille robe arc-en-ciel LGBT

Sans volonté de notre part de vouloir vous «spoiler» à l’avance, il est certainement plus pertinent de revenir sur les possibles unions et droits d’adoption accordés aux personnes LGBTQI+ en séparant le travail par zone géographique. C’est ainsi que nous allons commencer ce long travail par un point sur la situation globale, puis nous pencherons sur celles de la France et l’Europe avant d’aller faire un tour du côté des Amériques, puis de revenir vers le Moyen-Orient et l’Afrique pour enfin finir notre périple par l’Asie-Pacifique. Les abonné·e·s à notre newsletter et nos actualités LGBTQI+ mensuelles y reconnaîtront peut-être une démarche habituelle.

C’est en tout cas un programme qui peut sembler ambitieux et que nous allons essayer de rester assez justes tout en résumant et généralisant au plus simple pour ne pas vous perdre ou devoir revenir sur trop de cas particuliers. Nous vous mettons également à disposition une carte (provenant de mapchart.net) sur la situation des adoptions pour les personnes LGBTQI+ pour vous donner un bon ordre d’idée de la situation à l’échelle globale d’une manière visuelle plutôt que textuelle.

Drapeau-LGBT.fr Carte situation adoption personnes LGBTQI+ dans le monde

Situation globale

On peut commencer cet article en évoquant brièvement la situation globale. Alors qu’on observait un mouvement inclusif se former à l’échelle globale avec quelques exceptions en Afrique et Moyen-Orient où les LGBTphobies sont toujours bien présentes, on semble voir les limites de ces élans se matérialiser et même exacerbées par la pandémie sanitaire globale, transformée en crise économique dont de nombreux pays ont du mal à se relever. Situation qui perdure avec la guerre en Ukraine, ainsi que la Chine n’ouvrant toujours pas ses frontières à l’extérieur, ce qui met à mal de nombreuses chaînes de production.

Manifestation Pride Drapeaux LGBT arc-en-ciel transgenre cuir bdsm non-binaire

On arrivait à un moment crucial ces dernières années, période durant laquelle de nombreuses lois pro-LGBTQI+ passaient avec notamment une mesure phare dans l’inclusion des personnes LGBTQI+ dans une société qui est l’acceptation du mariage entre personnes de même sexe. C’est souvent suite à cette décision, ou en même temps que cette dernière comme si c’était la suite logique de l’autorisation des unions entre personnes de même sexe, que les gouvernements se penchent sur l’adoption et l’accès à la GPA pour ces couples homosexuels.

Nous présentons cela comme suite logique, mais cela peut parfois prendre du temps, comme pour toute décision lorsque les personnes LGBTQI+ sont concernées semblerait-il. En ce qui concerne les premières régulations en faveur de l’adoption des couples LGBTQI+, elles semblent dater de la fin des années 1990 aux États-Unis, même si l’on sait parfaitement que chaque État semble avoir un avis différent de ses voisins sur la question. Une vaste majorité des initiatives allant dans ce sens date cependant des deux dernières décennies.

Situation en Europe

Bien que notre conception de l’Europe nous amène souvent à penser que nous ne sommes qu’une et même voix, tous les pays unis derrière une même idéologie, on peut voir qu’il existe de nombreux désaccords entre les pays. Ces désaccords peuvent être de natures variées : politique, économique, militaire, idéologique, religieuse, …

En ce qui concerne les droits des personnes LGBTQI+, on remarque une démarcation assez nette coupant la zone Europe des frontières Nord de la Russie jusqu’à Malte. Plus les pays se situent à l’Ouest, plus ils semblent être inclusifs.

Drapeau Européen LGBT arc-en-ciel

À l’inverse, plus les pays se situent à l’Est de cette ligne, plus ils semblent s’éloigner d’une inclusivité générale et d’une égalité pour toutes les minorités. C’est une observation vérifiée par de nombreuses sources, dont notamment le système de notation ILGA Rainbow Europe 2022.

Puisqu’une majorité de l’audience de Drapeau-LGBT.fr est française, notre équipe a décidé de traiter du cas de la France dans une section à part entière, puis de revenir sur le reste de l’Europe en excluant l’Hexagone par la suite.

Situation en France

En France, les relations homosexuelles sont devenues légales en 1791, faisant de l’Hexagone le premier pays à les autoriser. Pionniers dans les droits de l’Homme en général, la France a également reconnu les pactes de solidarité civile entre couples de même sexe très tôt (1999) par rapport à la majorité des autres pays européens. L’Hexagone ne faisait cependant pas parti des premiers pays à reconnaître le mariage pour toutes et tous, le légalisant le 17 mai 2013 alors que les Pays-Bas le faisait en 2001, la Belgique en 2003, ou l’Espagne en 2005 pour ne citer que ces trois. Mais il faut tout de même rester objectif. La France n’était pas vraiment tardive en la matière en devenant le treizième pays à autoriser les unions des couples de même sexe.

Photo premier mariage homosexuel France Vincent Autin Bruno Boileau

C’est également en 2013, en même temps que le mariage pour toutes et tous signé par Hollande, que l’adoption homoparentale devenait légale. Le premier cas d’adoption rapporté par la presse était celui de Laure et Lise qui avaient respectivement 9 et 11 ans à l’époque. Le tribunal de Lille accordait le 17 octobre 2013 aux deux mères, Caroline et Pascale, l’adoption plénière des deux enfants. À retenir tout de même que c’était un cas d’adoption des enfants de la conjointe par la mère non statutaire.

La France arrive 6ème dans le Rainbow Europe 2022 de ILGA Europe, classement mesurant le respect des droits de l’Homme et de l’égalité dans les différents pays d’Europe. Devancés par Malte, le Danemark, la Belgique, la Suède et la Norvège, les français ont donc encore des possibilités d’améliorations pour rendre leur pays plus inclusif.

Reste de l’Europe

Passons maintenant à l’Europe. Sans exclure la France, les pays de l’Union Européenne autorisent tous sans exception les relations sexuelles entre personnes de même sexe. Les différences se retrouvent déjà au niveau de la reconnaissance des couples homosexuels, légalement mis en place dans seulement 21 États sur les 27. Et on continue à perdre des États en regardant ceux qui autorisent les mariages pour toutes et tous. Ces unions sont légales dans moins de la moitié des pays de l’Union Européenne (13 sur les 27) à l’heure où nous écrivons ces lignes.

Du côté de l’adoption pour les couples LGBTQI+, on peut faire deux différences. 17 des 27 membres de l’UE autorisent les adoptions des enfants du conjoint ou de la conjointe. Mais ce chiffre tombe à 14 dans une adoption conjointe d’enfants.

Les institutions européennes, incluant par exemple la Commission Européenne, essayent d’harmoniser l’UE pour niveler les pays à tous les niveaux et dans de nombreux domaines propres à leurs champs de compétences et d’action.

Drapeaux Hongrie Européen LGBT arc-en-ciel

Malheureusement, en ce qui concerne les droits LGBTQI+, certains pays tendent à s’éloigner des directives générales. On retrouve notamment les pays de l’Est, proches de l’idéologie russe sur la question, changer leurs législations en défaveur des minorités sexuelles. C’est par exemple le cas de la Hongrie de Viktor Orbán qui a fait beaucoup parler d’elle et ses lois LGBTphobes ces dernières années. Parmi les affaires qui ont fait le plus de bruit au niveau européen, on retrouvait également les zones anti-LGBT («LGBT-free zones») de Pologne que nous avons déjà mentionnées à plusieurs reprises dans nos articles des actualités LGBTQI+. On retrouve donc une UE encore très bipolaire sur la question des droits LGBTQI+, ce qui n’arrange évidemment pas les familles homoparentales au niveau de leurs unions, mais également sur la problématique de l’adoption pour ces personnes désireuses d’avoir un voire plusieurs enfants.

Situation au niveau des Amériques

Continent long d’environ 14 000 kilomètres du Nord au Sud, il est facilement imaginable qu’avec ses différents climats, cultures, langues et son histoire très riche, on puisse y observer des nettes variations d’un pays à l’autre. Aussi, notre équipe a choisi de découper ce large travail en trois parties géographiques. Nous irons d’abord du côté des pays d’Amérique du Nord, endroit que nous connaissons souvent mieux que le reste, avant de nous diriger vers des endroits plus exotiques comme les Caraïbes et l’Amérique centrale, pour terminer sur la partie Sud du continent.

En Amérique du Nord

Lorsque l’on évoque l’Amérique du Nord, il faut garder en tête que nous évoquons trois grands pays : le Canada, les États-Unis et le Mexique. Et vous allez pouvoir le voir, la situation est plus compliquée que ce qu’il n’y paraît.

Tout d’abord, commençons par le pays le plus au Nord des trois : le Canada. L’État est divisé en de multiples provinces, chacune ayant le droit de diverger sous certains aspects des autres. C’est ainsi que le mariage pour les couples homosexuels n’a été rendu légal qu’à partir de 2003 dans certaines provinces et territoires, et qu’il aura fallu attendre 2005 pour que cela devienne le cas dans tout le pays. En ce qui concerne les adoptions, on note que certaines zones autorisaient légalement les personnes LGBTQI+ à y accéder depuis 1996, mais qu’il aura fallu quinze années de plus pour arriver à une légalisation au niveau national. On notera d’ailleurs que le pays continue d’étendre ses mesures inclusives avec la toute récente interdiction (2022) à l’échelle nationale des thérapies de conversion.

Manifestation faveur droits personnes trans LGBTQI+ États-Unis pancarte We the people means everyone

Passons maintenant aux États-Unis, qui présentent une situation beaucoup plus complexe que le Canada. Les 50 États, et autres territoires particuliers tel que Washington D.C, ont énormément de mal à s’accorder au sujet des personnes LGBTQI+. Cela reste néanmoins le pays connu pour avoir développé la culture gay et été à l’avant-garde de réformes inclusives le siècle dernier. C’est pour ces raisons que l’on a pu constater dans certains États une légalisation des relations homosexuelles dès les années 1960, ce qui est très tôt à l’échelle globale, quand cela n’a été rendu possible au niveau de tous les États du pays qu’à partir de 2003. Ce n’est que l’année suivante que certains États reconnaissaient les mariages entre personnes de même sexe, décision généralisée dans la totalité du pays en 2015.

En ce qui concerne l’adoption, ce n’est qu’à partir de 2017 que les lois, jusqu’alors variant d’un État à l’autre, étaient uniformisées au niveau national suivant un verdict de la Cour Suprême. Mais malgré cette décision, il existe toujours des discriminations présentes dans de nombreux États et des barrières dans les formalités d’adoption d’enfants. Beaucoup craignent d’ailleurs que suite aux mouvements au sein de la Cour Suprême, le mariage pour toutes et tous ainsi que l’adoption pour les personnes LGBTQI+ soient fortement menacé au pays de l’Oncle Sam.

Enfin, et venant conclure cette partie sur l’Amérique du Nord, nous allons nous diriger un peu plus au Sud en direction du Mexique. Pays également divisé en de nombreuses subdivisions administratives appelées États, la législation peut varier grandement selon où une personne se trouve. Cela dit, il existe également des textes à valeur nationale.

Prisme lumière arc-en-ciel reflet mains deux personnes

C’est par exemple le cas du jugement de la Cour de Justice de la Nation rendu le 3 juin 2015 redéfinissant le mariage et l’ouvrant aux couples de même sexe. Mais bien qu’ayant une portée nationale, on observe toujours des discriminations dans les procédures pré-mariage, certaines s’ajoutant pour les couples homosexuels par rapport à ceux hétérosexuels sous forme d’un amparo (mécanisme juridique permettant aux couples de particuliers de contrôler la constitutionnalité de leur demande, ce qui ouvre post amparo l’accès à leur union).

Ces mariages ne sont toujours pas reconnus dans certains États du Mexique et ce malgré le verdict de la Cour de Justice. Au niveau de l’adoption conjointe, il y a environ la moitié des États du Mexique qui ne l’autorisent pas.

On notera que la capitale du pays fait parti d’un État qui autorise ces adoptions conjointes des couples LGBTQI+, aux côtés d’États comme Veracruz, Puebla, Chihuahua, Coahuila, ou Nuevo Leon pour ne citer que ces exemples. Il y a donc encore beaucoup à faire pour ce pays toujours très divisé par des conflits internes et affectant directement les personnes LGBTQI+ et leurs droits.

Caraïbes et Amérique centrale

Bien que l’interdiction des discriminations LGBTphobes soit inscrite dans les lois de tous les pays d’Amérique centrale (Belize, Costa Rica, El Salvador, Guatemala, Honduras, Nicaragua, Panama), tout n’est pas rose pour autant. Les lois n’interdisent pas forcément toutes les discriminations selon les pays, et seuls le Belize, Costa Rica, El Salvador et Honduras sont supposés être des pays sujets à une interdiction totale de ces dernières. Mais dans la pratique, on peut facilement observer toute la complexité à appliquer ces textes de loi.

En effet, seul le Costa Rica autorise légalement les couples LGBTQI+ à se marier et adopter depuis mai 2020, décision qui est donc toute récente.

Ces aspects sont en cours de révision du côté de Panama qui attend une décision de la Cour Suprême de Justice, affaire qui pourrait éventuellement autoriser ces unions et les adoptions par les couples de même sexe.

Drapeau LGBT arc-en-ciel deux alliances mariage

Mais le reste des pays mentionnés plus haut demeurent insensibles à ces aspects, le Honduras étant le pire exemple avec un amendement inscrit dans sa Constitution depuis 2005 interdisant les unions ainsi que les adoptions des couples LGBTQI+. Ce dernier pays attend également une décision de sa Cour Suprême qui pourrait tourner la page sur ces décisions LGBTphobes et donner aux personnes LGBTQI+ du pays un avenir meilleur.

Du côté des Caraïbes, on retrouve beaucoup de territoires appartenant à des pays hors de la zone. Nous traiterons donc seulement des territoires indépendants qui sont Antigua-et-Barbuda, les Bahamas, les Barbades, Cuba, la Dominique, la République Dominicaine, Grenade, Haïti, la Jamaïque, Saint Kitts et Nevis, Saint Lucia, Saint Vincent et les Grenadines, ainsi que Trinidad et Tobago. Bien que la liste soit longue, on observe facilement que tous ces pays interdisent le mariage entre couples de même sexe, caractère souvent préalable aux adoptions qui sont elles aussi illégales. Aucune exception, mais on peut tout de même développer un peu.

Deux femmes lesbiennes étudient ensemble

Là où la plupart des pays cités autorisent les relations homosexuelles entre femmes, on observe que beaucoup interdisent ces relations chez les hommes. Contrairement à ce que l’on pourrait penser, Cuba fait parti des pays les plus ouverts autorisant les relations homosexuelles depuis 1979, là où des pays voisins comme les Bahamas les autorisaient en 1991 et Trinidad et Tobago rejoignait cette courte liste en 2018. Le seul pays à précéder de loin ces derniers et venant conclure cette liste est la République Dominicaine. Le pays ouvrait légalement la possibilité aux relations entre personnes de même sexe en 1822, soit trois décennies après la France (1791). Cuba est également le seul pays des Caraïbes à autoriser le changement de genre auprès de l’État Civil, mais pose tout de même la condition d’avoir déjà effectué une opération de réassignation sexuelle.

Amérique du Sud

Arrivant sur la partie Sud du continent, on observe des régulations en matière d’identité de genre et orientation sexuelle qui s’améliorent par rapport à la zone précédente, mais restent tout de même très variables d’un pays à l’autre. On peut cependant noter qu’à l’exception de la Guyane, tous les pays autorisent les relations homosexuelles. Également pertinent à garder à l’esprit, une majorité des pays de cette zone inscrit dans ses textes de loi une interdiction de toute discrimination allant à l’encontre des personnes LGBTQI+.

Une partie des pays d’Amérique du Sud a rendu légale au moins une forme d’union pour les personnes LGBTQI+ telles que des unions civiles, partenariats civils, concubinages, … Ces dernières restent malheureusement encore absentes dans les législations de la Bolivie (pays qui pourrait changer cela très prochainement), la Guyane, le Paraguay, le Pérou et le Venezuela dans lesquels la proposition d’ouverture au mariage pour toutes et tous reste en suspend, et le Suriname.

Mais pour ce qui est de l’adoption pour les couples LGBTQI+, cela reste également un sujet compliqué. On peut voir des procédures légales ouvertes dans des pays tel que l’Argentine ou le Brésil depuis 2010, la Colombie (en deux temps : 2014 pour les enfants du conjoint, puis 2015 pour une adoption conjointe), ou l’Uruguay depuis 2009. La législation en matière d’adoption reste plus conditionnelle dans des pays comme la Bolivie ou l’Équateur. Seules les personnes LGBTQI+ peuvent adopter, mais pas les couples de même sexe. Et enfin, tous les autres pays qui ne sont pas explicitement nommés dans ce paragraphe ne proposent aucune voie légale d’accès à l’adoption aux personnes LGBTQI+.

Deux femmes lesbiennes avec motifs peinture arc-en-ciel sur bras

Fort est à parier que les changements attendus par de nombreuses personnes d’Amérique du Sud ne soient qu’une question de temps grâce à l’ouverture de nombreux de leurs pays voisins et des mentalités qui tendent à changer à l’égard des différentes orientations sexuelles et l’identité de genre. On peut donc légitimement être optimiste pour ces pays qui pourraient faire mieux en matière d’inclusivité.

Situation en Afrique et au Moyen-Orient

Ce sont deux zones difficiles pour les personnes LGBTQI+, et l’absence de droits pour ces dernières marque leur vie et celle de leurs proches, entraînent des situations difficiles, des familles brisées, des individus obligés de se cacher, s’exiler et/ou mentir. En somme, ce sont deux régions qui, dans leur globalité, sont globalement à éviter pour leur manque d’inclusivité et discriminations encore très présentes. Plus que cela, c’est un risque de se rendre dans certaines zones comme on va pouvoir évoquer ci-dessous.

Le continent africain

La situation en Afrique est relativement simple à résumer en quelques phrases. Si l’on exclut l’Afrique du Sud qui est sous de nombreux aspect un exemple à part, l’adoption d’enfants par les personnes LGBTQI+ n’est pas légal. Pire encore, beaucoup de pays criminalisent encore toute orientation sexuelle qui diffère de l’hétérosexualité. C’est ainsi que sur environ la moitié du territoire africain, être une personne LGBTQI+ peut conduire à un emprisonnement. Cas spécifique pour la Somalie du Sud, une zone contrôlée par des milices et qui applique les emprisonnements mais également la peine de mort pour les relations entre personnes de même sexe.

Afrique du Sud projet de loi polyandrie femme plusieurs maris

On comprend donc facilement qu’accéder à l’adoption pour les couples LGBTQI+ d’Afrique est pour l’instant impossible dans la grande majorité des pays. Mais comme évoqué précédemment, l’Afrique du Sud est l’exception qui confirme la règle sur le continent. En effet, les plus hautes Cours de Justice du pays jugent que l’orientation sexuelle des parents n’est absolument pas pertinente dans le cadre de l’adoption d’un enfant. Le premier verdict allant dans ce sens date d’une affaire (Du Toit v Minister of Wellfare and Population Development) remontant à 2002, soit plus d’une décennie avant la France. C’est ainsi que le pays est le seul du continent à l’heure actuelle permettant l’accès à l’adoption pour les parents de même sexe.

Moyen-Orient

En ce qui concerne le cas du Moyen-Orient, on retrouve à peu près le même scénario que celui africain. Les pays de la zone sont majoritairement islamiques, et beaucoup interdisent encore toute relation entre les personnes de même sexe qui finissent par des sentences allant de plusieurs années en prison à la peine de mort, en passant par de la torture pour certains pays en particuliers (Arabie Saoudite, Émirats Arabes Unis, Iran, Oman, Qatar, Syrie, Yémen). Certains États interdisent partiellement les relations homosexuelles. À savoir, ils autorisent les relations sexuelles entre les femmes, mais les interdisent pour les hommes. C’est par exemple le cas du Koweït et de la Palestine.

Drapeau israélien et drapeau arc-en-ciel attachés

On peut noter que le Liban ne possède pas encore de terrain juridique définissant parfaitement le statut des relations entre personnes de même sexe. En effet, le pays est censé avoir légalisé ces relations depuis 2017, mais conserve des lois les interdisant. Le pays n’applique pas forcément ces textes de sa législation lors d’affaires passant devant les tribunaux, mais il faut rester prudent, des précédents existant avec des lois dormantes qui se sont réveillées, notamment lors de scandales médiatiques ou de pression de la part de l’opinion publique. Inutile de préciser que les adoptions qui font l’objet de cet article ne sont considérées nul part dans ces pays.

La seule exception de la zone en matière d’adoption est Israël, pays dont nous avons déjà fait mention plusieurs fois dans nos différents articles pour son avant-gardisme en matière de droits pour les personnes LGBTQI+ et son inclusivité. Le pays autorise de fait les relations entre personnes de même sexe depuis 1963, et légalement depuis 1988. Depuis 2008 et un renversement d’opinion de la part du gouvernement Israélien, le pays autorise les couples de même sexe à adopter. Le texte prolonge même cet aspect en rendant possible l’adoption d’un enfant qui n’est pas biologiquement lié aux parents. Le premier cas du pays fût celui de Uzi Even et Amit Kama qui ont légalement réussi à adopter le 10 mars 2009 leur fils qui avait alors 30 ans, soit 14 années après son placement dans sa famille d’accueil.

Situation en Asie

La situation en Asie est très différente d’un pays à l’autre, et serait difficile à résumer en quelques phrases. Aussi, on va reprendre cela du Nord au Sud, comme on a pu le faire pour le continent américain. Nous allons cependant nous arrêter sur le cas spécifique de Taïwan qui méritait une partie à part entière pour son inclusivité inégalée dans la zone.

Les pays asiatiques les plus au Nord

Tout d’abord, on peut parler du cas de la Russie qui, à travers la pression politique qu’exerce son Président, tente de réduire à néant tout droit accordé aux personnes LGBTQI+. C’est par exemple le cas du mariage pour toutes et tous interdit en Juillet 2020. Il n’y a pas grand-chose d’autre à déclarer du côté de ce pays. Il faudra certainement attendre la chute de Vladimir Poutine pour éventuellement voir les droits des personnes LGBTQI+ s’améliorer.

La Corée du Sud et le Japon conservent des discriminations fortes envers les personnes LGBTQI+ au sein de leur société, bien que les nouvelles générations tendent à mieux accepter les différentes orientations et identités de genre. Cela étant dit, les valeurs traditionnelles prennent le dessus dans la législation, et l’adoption pour les personnes LGBTQI+ n’y est toujours pas possible.

Japon Tokyo Rainbow Pride - Marche des fiertés japonaise

Dans les pays plus centraux de l’Asie continentale (Chine, Inde, Thaïlande, Cambodge, Laos, Vietnam, …), les lois tendent à donner quelques droits aux personnes LGBTQI+, mais restent relativement absents dans leur globalité. On retrouve notamment très peu de reconnaissance officielle des relations entre personnes LGBTQI+. Hong-Kong, la Thaïlande, l’Indonésie et les Philippines interdisent les couples de même sexe à adopter, mais les couples LGBTQI+ peuvent le faire. Enfin, le Cambodge interdit l’adoption par des couples de même sexe officiellement, mais de nombreux cas officieux ont été rapportés.

Le cas particulier de Taïwan

L’exception la plus remarquable à l’Asie est certainement la petite île de Taïwan. Considérée comme territoire spécial par Beijing, mais indépendante dans les faits, c’est l’endroit le plus avancé en terme de législation et droits pour les personnes LGBTQI+ en Asie. Ayant un style de vie très à cheval entre leurs racines chinoises et l’influence des Occidentaux (et notamment le pays de l’Oncle Sam), il ne reste que très peu de progression possible pour que les personnes LGBTQI+ puissent jouir des mêmes droits que le reste de la population.

Drapeau Taïwan arc-en-ciel LGBT

Cela étant dit, et malgré une suppression constitutionnelle de tout texte législatif discriminant envers les personnes LGBTQI+, il reste par exemple des restrictions dans le mariage pour toutes et tous, ou l’adoption. Pour l’instant, seuls les beaux-enfants peuvent être adoptés par les couples LGBTQI+. Mais un texte pourrait être adopté dans un futur proche pour une adoption conjointe.

Les pays du Sud / Sud-Est

Là où la situation est la plus compliquée pour les personnes LGBTQI+ reste dans les pays à majorité musulmane. On observe par exemple que la Malaisie ou l’Indonésie appliquent encore des arrestations et des peines d’emprisonnement pour les relations homosexuelles. Il va donc de soit que l’adoption par des couples de même sexe est encore loin d’y devenir une réalité pour toutes et tous, et notamment les couples homosexuels.

Elephant parade - Singapour

Enfin, on peut noter trois cas particulier dans la zone. Le Bangladesh, la Birmanie ainsi que Singapour conservent une législation qui rend illégales les relations entre personnes de même sexe. Cependant, aucune arrestation ou condamnation sous ces lois n’a été faite ces dernières années. Ces lois ne s’appliquent donc plus de facto, mais restent tout de même présente dans la législation telle une épée de Damoclès au dessus de la population.

On peut donc conclure que l’Asie et l’Asie du Sud-Est sont des zones très hétérogènes d’un pays à l’autre dans leurs multiples manières d’appréhender les orientations sexuelles, attirances romantiques et les identités de genre.

Situation en Océanie

Nous aurions pu faire une unique partie pour la zone Asie-Pacifique. Mais la nette séparation entre l’Océanie, les îles du Pacifique et l’Asie continentale ou du Sud-Est lorsqu’il s’agit des personnes LGBTQI+ et leurs droits rendait plus pertinent de les séparer un minimum. Nous finirons donc par cette zone située à l’autre bout du monde mais qui peut nous ressembler pourtant beaucoup plus que de nombreux pays plus proches, géographiquement parlant, de l’Hexagone. On notera d’ailleurs que la France possède des territoires dans cette zone, tels que la Nouvelle-Calédonie, la Polynésie française, ou encore Wallis-et-Futuna. Nous ne mentionnerons donc pas ces territoires, leurs lois et les droits concernant les personnes LGBTQI+ étant ceux appliqués en France.

Australie et Nouvelle-Zélande

Ce sont certainement les deux pays de cette zone les plus proches de nous d’un point de vue idéologique, et les plus ouverts aux personnes LGBTQI+. La Nouvelle-Zélande légalisait le mariage pour toutes et tous en 2013 par un vote à l’Assemblée Nationale avec 77 en faveur, et 44 contre. Ce vote entraînait également la légalisation des adoptions conjointes par les couples LGBTQI+ qui devenaient dès lors possibles.

Jacinda Ardern marche des fiertés Pride Parade Auckland 2018

Du côté de l’Australie, ce n’est qu’à partir de la fin de l’année 2017 que le mariage homosexuel devenait légal au niveau national. En ce qui concerne l’adoption par les couples LGBTQI+, elle est devenue légale à l’échelle nationale après que le dernier État du pays manquant à l’appel (le Territoire du Nord – NT) signait la loi le 20 avril 2018.

On note dans les deux pays que leurs lois interdisent toute discrimination à l’égard de l’orientation sexuelle, et autorisent les personnes LGBTQI+ à s’engager dans leurs forces militaires depuis les années 1990, exception faite pour les personnes trans et intersexuées australiennes qui auront dû attendre 2010 pour que ce soit le cas.

Situation en Micronésie

Tout d’abord, il faut commencer par préciser que cette zone comporte beaucoup de territoires appartenant à des pays qui font déjà parti d’autres ensemble. C’est le cas de Guam, des îles Mariannes du Nord ou les îles mineures éloignées qui appartiennent aux États-Unis. Ces îles étant écartées car elles appliquent le droit américain, il ne reste donc plus qu’à parler de la Micronésie (le pays), des Kiribati, des îles Marshall, de Nauru, ainsi que de Palaos.

Et fort est de constater que la situation n’est pas forcément simple pour les personnes LGBTQI+ dans ces pays. Dans les faits et sans exception, ils ne reconnaissent pas le mariage pour toutes et tous. La république des Palaos va même jusqu’à bannir ces unions, le texte étant entré dans leur constitution en 2008. Il va donc de soi que les personnes LGBTQI+ ne peuvent pas non plus adopter légalement dans ces pays du Pacifique.

Feuilles papier couleurs arc-en-ciel

Quelques points positifs à souligner tout de même : tout n’est pas noir et les îles Marshall, Kiribati, ainsi que la Micronésie interdisent les discriminations LGBTphobes. Du côté de Nauru, il est illégal depuis 2016 de reconnaître les différentes orientation sexuelles comme des maladies mentales. Le pays interdisait également la même année les traitements visant ces différences (thérapies de conversion).

C’est peu d’éléments positifs mais comme le disait LaoZi : «Un voyage de mille lieues commence par un premier pas». On peut donc espérer que ces éléments soient ce premier pas sur le long chemin qu’il reste à parcourir dans cette zone géographique appelée la Micronésie.

La Polynésie

La Polynésie est composée de nombreuses îles, mais comme pour la Micronésie, nous allons commencer par exclure certaines. En effet, de nombreux territoires de cette zone géographique sont en fait des territoires de pays déjà mentionnés dans d’autres zones. On retrouve des territoires appartenant aux États-Unis, à la Nouvelle-Zélande, au Chili, au Royaume-Uni, mais également à la France avec la Polynésie française ainsi que Wallis et Futuna. Il nous reste donc à analyser la situation des personnes LGBTQI+ au Samoa, aux Tokelau, aux Tonga et aux Tuvalu pour conclure cet article.

Tout d’abord, il faut noter qu’en ce qui concerne les relations homosexuelles, elles sont autorisées pour les femmes dans les 4 pays. Par contre, la situation des hommes est beaucoup moins favorable lorsqu’il s’agit de relations homosexuelles. La loi au Samoa, aux Tonga et aux Tuvalu rend ces relations illégales et passibles de peines d’emprisonnement, même si ce n’est pas appliqué dans les faits. Il n’y a qu’aux Tokelau que les relations homosexuelles sont légales pour toutes.

Lorsqu’il s’agit de l’union des personnes LGBTQI+ et de l’accès à l’adoption, les quatre se mettent d’accord. Les pays n’autorisent pas le mariage entre personnes de même sexe, et ne permettent pas non plus aux couples homosexuels d’adopter.

Il n’y a, au final, que très peu de droits accordés aux personnes LGBTQI+ et leurs différences.

Photo personne fa'afafine John Corney 2007

Samoa possède cependant une exception puisque la société reconnaît, et ce comme faisant potentiellement parti de leurs traditions (absence de preuves pour soutenir cette hypothèse assez répandue), les personnes d’un troisième sexe appelé fa’afafine et retrouvées également aux Tonga, ainsi que dans les îles françaises. Bien qu’assignées le sexe masculin à la naissance, ces personnes fa’afafine ont un comportement et des traits qui appartiennent aux deux sexes binaires. Même si elles sont reconnues par la société en général, des individus ne manquent pas d’avoir des attitudes discriminatoires envers ces personnes, que ce soit des membres familiaux directement, ou d’autres de la communauté.

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